Représentation du Schéma
Corporel
chez un individu sain
Ce
qu'il faut retenir
Introduction: modèles théoriques
de base
A- Freud précurseur du Moi-peau
Chez Freud, l’étude de
la sexualité de l’enfant est un moyen de comprendre les conduites normales et
pathologiques de l’adulte. Les dysfonctionnements observables chez l'adulte ont
pour origine des troubles du développement affectif.
1- Les phénomènes psychiques tels que Freud les envisage
Topique: concerne la séparation
de l'appareil psychique en systèmes différents possédant chacune des propriétés
spécifiques et des modes de fonctions distinctes (fournit une anticipation du Moi-peau).
Il existe deux topiques:
4Division en 3 instances, conscient, préconscient
et inconscient, qui spécifient ce que l'on appelle la première topique.
4Freud a proposé une deuxième topique de
l'appareil psychique.
CA:
c'est l'instance la plus primitive, la plus inconsciente. Et donc la moins
accessible des instances psychiques. C'est à partir du Ca que le Moi et le
Surmoi vont se créer.
Le
Ca obéit au principe du plaisir, gouverné par la satisfaction immédiate de la
pulsion. C'est le siège des pulsions sexuelles et désirs refoulés = réservoir initial de la libido.
MOI:
différenciation progressive du Ca au contact de la réalité.
Il
est régi par le principe de réalité.
SURMOI:
(c’est un modèle idéalisé du Moi). Il est à l’origine de la conscience morale.
2- La structure du Moi
4Le Moi est explicitement
désigné comme "enveloppe" psychique. Cette enveloppe n'est pas seulement
un sac contenant; elle joue un rôle actif de mise au contact du psychisme avec
le monde extérieur et de recueil et de transmission de l'information.
Un des principes fondamentaux
selon lequel tout ce qui est psychique se développe en constante référence à l'expèrience corporelle.
4La structure du MOI s'élabore
au stade oral (0 à 1 an)
(1er stade de
l'évolution libidinal. Il correspond à la 1èrean. de
la vie affective du bb et se termine avec le sevrage).
Le bébé est initialement
indifférencié de l'extérieur, son Moi n'est pas encore
constitué. Cette indifférenciation est liée par l'état de symbiose existant
entre mère/bébé, la frontière entre intérieur et extérieur est confuse pour le
Moi.
La fonction orale prend
appui sur l'activité alimentaire (la tété) à travers laquelle se constitue la
relation à l'objet libidinal. L'objet libidinal n'est pas la nourriture elle-même,
mais l'objet humain = l'objet d'amour. Le sevrage modifie la relation à la mère.
Un Moi rudimentaire s’élabore à partir du Ca.
B-
Anzieu fondateur du Moi-peau
1/ Définition du moi-peau
"Par Moi-peau, il désigne une figuration dont le Moi de l'enfant
se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter
lui-même comme Moi à partir de son expérience de la surface du corps". Ce
"Moi-peau" ainsi dénommé apparaît donc sous
la forme d'une représentation primaire du Moi, étayée sur la sensorialité
tactile.
Il a des fonctions
originales conçues sur le modèle des fonctions de la peau.
Trois de ces fonctions
sont alors distinguées:
4La contenance
4La limite entre dedans-dehors
4La communication et les échanges
avec l'environnement.
2/ Les fonctions du Moi-peau
Le Moi-peau
constitue ainsi un élément essentiel de différenciation, qui pourrait être un
opérateur important du développement de l'enfant et du fonctionnement psychique
de l'adulte.
Les références cliniques
au Moi-peau sont fort nombreuses et illustrent la
pertinence de cette notion, qu'il s'agisse de situations clairement liées à la
peau (maladies somatiques, automutilations, masochisme pervers) ou de phénomènes
concernant l'image de soi, la séparation ou la capacité de lutte contre
certaines formes d'angoisse (angoisses d'intrusion, de vidage, de
morcellement).
I- La peau comme premier
instrument d'échange avec autrui
La peau est définie
comme système de protection de notre individualité en même temps que comme
premier instrument et lieu d'échange avec autrui.
A- Le Moi-peau oblige à prendre en
considération un principe de différenciation interne et un principe de
contenance
Le Moi-peau
est une structure intermédiaire de l'appareil psychique: intermédiaire
chronologiquement entre la mère et le tout petit, intermédiaire
structurellement entre l'organisation fusionnelle primitive et la différenciation
des instances psychiques correspondant à la seconde topique freudienne.
Freud a proposé un modèle
de l'appareil psychique comme système et sous-système respectivement régis par
des principes de fonctionnements distincts: principes de réalité, principe de plaisir-déplaisir, principe de constance.
Le Moi-peau
oblige à prendre en considération un principe de différenciation interne et un
principe de contenance.
B- Un Moi-peau mal délimité
Des individus qui
souffrent d'un manque de limites:
Incertitudes sur les
frontières entre le Moi psychique et le Moi corporel, entre le Moi réalité et
le Moi idéal, entre ce qui dépend de Soi et ce qui dépend d'autrui - brusques
frustrations de ces frontières, accompagnées de chute dans la dépression -
indifférenciation des zones érogènes, confusions des expériences agréables et
douloureuses, sensation diffuse de mal-être, sentiment de na ne pas habiter sa
vie, de voir fonctionner son corps et sa pensée du dehors…
II- La notion de Moi-peau
A- La relation mére-enfant
4La surface de l'ensemble de son corps et
de sa mère fait l'objet, chez le bébé, d'expériences aussi importantes,
pour leur qualité émotionnelle, pour leur stimulation de la confiance, du
plaisir et de la pensée, que des expériences liées à la succion (cf. Freud) ou à
la présence fantasmatique d'objets internes représentant les produits des stimulations
involontaires de l'épiderme, à l'occasion des bains, des lavages, des
frottements, du portage.
Le tout-petit reçoit ses
gestes maternels d'abord comme une excitation puis comme une communication.
4L'enfant acquiert la perception de la
peau comme surface du corps avec le corps de sa mère et dans le cadre d'une
relation sécurisante d'attachement avec elle.
Il parvient ainsi non
seulement à la notion de limite entre l'extérieur et intérieur mais aussi à la
confiance nécessaire à la maîtrise progressive des orifices, car il ne peut se
sentir en confiance que s'il possède, par ailleurs, un sentiment de base qui
lui garantisse l'intégrité de son enveloppe corporelle = notion d'un "contenant"
psychique.
Les risques de dépersonnalisation
sont liés à l'image d'une enveloppe perforable et à
l'angoisse, d'un écoulement de la substance vitale par des trous, angoisse non
pas de morcellement mais de vidage.
B- L'idée du Moi-peau
1/
Le Moi de l'enfant pour se représenter lui-même comme Moi contenant les contenus
psychiques
L'instauration du Moi-peau répond au besoin d'une enveloppe (narcissique) et
assure à l'appareil psychique la constance d'un bien-être de base.
L'appareil psychique
peut s'essayer aux investissements libidinaux: le Moi psychique se fortifie des
identifications à ces objets et le Moi corporel peut jouir des plaisirs prégénitaux
et génitaux.
2/
Le Moi-peau trouve son étayage sur les diverses
fonctions de la peau
4La peau, première fonction, c'est le sac
qui contient et retient à l'intérieur le bon et le plein que l'allaitement, les
soins, le bain de paroles y ont cumulés.
4La peau, seconde fonction, c'est
l'interface qui marque la limite avec le dehors et maintient celui-ci à l'extérieur,
c'est la barrière qui protège de la pénétration par les adivités
et agressions en provenance des autres, être ou objet.
4La peau enfin, troisième fonction, en même
temps que la bouche, la peau est un lieu et un moyen primaire de communication
avec autrui.
Le Moi hérite la double
possibilité d'établir des barrières (qui deviennent des mécanismes de défense
psychique) et de filtrer les échanges (avec le Ca, le Surmoi et le monde extérieur).
C'est la pulsion d'attachement, si elle est tôt et suffisamment satisfaite, qui
apporte au nourrisson la base sur laquelle peut se manifester l'élan intégratif
du Moi.
C- Particularités du Moi-peau
considéré comme interface
1/ Le Moi-peau
comme enveloppe
L'entourage maternant
est appelé ainsi parce qu'il "entoure" le bébé d'une enveloppe
externe faite de messages et qu'il s'ajuste avec une certaine souplesse, en
laissant un écart disponible, à l'enveloppe interne, à la surface du corps du bébé,
lieu et instrument d'émission de messages.
Cette enveloppe sur
mesure achève d'individualiser le bébé par la reconnaissance qui lui apporte la
confirmation de son individualité.
L'écart entre le
feuillet externe et le feuillet interne laisse au Moi, quant il sera davantage
développé, la possibilité de ne pas se faire comprendre, de ne pas communiquer.
4Si le feuillet externe colle
trop à la peau de l'enfant, le Moi de l'enfant est étouffé
dans son développement, il est envahi par un des Moi de l'entourage.
4Si le feuillet externe
est trop lâche, le Moi manque de consistance. Le feuillet interne tend à former
une enveloppe lisse, continue, fermée, tandis que le feuillet externe a une
structure en réseau maillé.
Une des pathologies de
l'enveloppe consiste en une invasion des structures: le feuillet externe proposé/imposé
par l'entourage devient rigide, résistant, clôturant (seconde peau musculaire)
et c'est le feuillet interne qui s'avère troué, poreux (Moi-peau
passoire).
Le double feed-back
aboutit à constituer une interface, figurée sous la forme d'une peau commune à
la mère et l'enfant, interface d'un côté de laquelle se tient la mère, l'enfant
étant de l'autre côté. La peau commune les tient attachés ensemble mais selon
une symétrie qui ébauche leur séparation à venir.
2/ Le fantasme d'une peau commune
L'interface transforme
le fonctionnement psychique en système de plus en plus ouvert, ce qui achemine la mère et l'enfant vers des fonctionnements de
plus en plus séparés.
Mais l'interface
maintient les deux partenaires dans une dépendance symbiotique mutuelle.
L'étape suivante
requiert l'effacement de cette peau commune et la reconnaissance que chacun à
sa propre peau et son propre Moi, ce qui ne s'effectue pas sans résistance ni
sans douleur. Ce sont alors les fantasmes de la peau arrachée, de la peau volée,
de la peau meurtrie ou meurtrière qui sont agissants.
Si les angoisses liées à
ces fantasmes arrivent à être surmontées, l'enfant acquiert un Moi-peau qui lui est propre.
III-
Echec dans la construction du Moi-peau (partie qui n'a pas été abordé en cours)
A- Psychopathologie
Le modèle
psychanalytique tente d'expliquer la psychose à partir de l'histoire du sujet
et des difficultés dans l'organisation libidinale, objectale ou préœdipienne.
La triple primauté de
l'enfance sur l'actuel, de l'Inconscient sur le système conscient, du sexuel
sur le rationnel, soutient l'édifice psychanalytique qui voit dans la psychose
un trouble possédant ses racines dans les premiers mois de la vie.
4Troubles dans la
construction du sujet (dans les premiers mois de la vie) rendent
difficile l'accès à l'identité, à l'autonomie et à la séparation:
ces troubles peuvent être liés aux relations précoces avec les
parents, il est évident que le sujet psychotique n'a pas accès à l'Œdipe, ni à la différence des sexes, ni à l'altérité et
que, parfois, la relation dedant-dehors n'est pas
stable.
4Mise en place de mécanismes
de défense contraignants mais permettant de limiter l'angoisse liée aux
relations précoces: ces mécanismes de défense entraînent une limitation des
rapports à soi et au monde extérieur.
4Une modification interne
(pulsionnelle, rupture d'équilibre…) ou externe (traumatismes…) entraîne une
rupture de l'équilibre protecteur antérieur, c'est-à-dire une réapparition de
l'angoisse et du sentiment de perte de l'identité, de la continuité corporelle
et psychique.
4Pour lutter contre cette
angoisse, ce morcellement du corps et de l'Etre, le sujet utilise d'autres systèmes
de défense qui tentent de rendre les mondes extérieur et intérieur supportables:
hallucinations, délires produits par la projection, le clivage, le déni, la
forclusion.
4Une fois le délire
installé, d'autres mécanismes permettent de lutter contre ses effets les plus
douloureux: passage à l'acte, défenses, repli sur soi…
B-
La gestion du conflit entre le moi et le monde extérieur
Freud émet l'hypothèse
que le fonctionnement psychotique est sous-tendu par un conflit psychique entre
le Moi et le monde externe: une perception, une situation intolérable, une expérience.
Il présente les deux
temps de la gestion de ce conflit: le premier coupe le Moi de la réalité, le
second tente de reconstituer une nouvelle réalité qui remplace la réalité extérieure.
4Le premier temps, défensif,
porte sur le fragment de la réalité insupportable qui a provoqué le conflit
psychique et conduit à une rupture avec le monde externe.
4Dans le second temps, le
Moi se crée de façon toute puissance un nouveau monde suivant les exigences du
Ca et de telle manière qu'il corresponde à ce qui se passe dans le monde interne.
C'est ce double
mouvement qui fait considérer la psychose comme une "perturbation
(primaire) du lien libidinal à la réalité, la plupart des symptômes
(constructions délirantes notamment) étant des tentatives secondaires de restauration
du lien" à l'objet ou à la réalité extérieure.
Les
notions clés:
Apports de Freud
4Le bébé est initialement indifférencié de
l'extérieur = fonction oral, état de symbiose entre mère/bébé.
4La structure du Moi comme enveloppe
psychique.
4Un des principes
fondamentaux est que le psychique se développe en constante référence à l'expérience
corporelle.
Apports d'Anzieu
4Le Moi-peau
introduit la notion que l'enfant se représente lui-même comme Moi à partir de
son expérience de la surface du corps.
4Trois fonctions sont à
distinguer: la contenance, la limite entre dedans/dehors, la communication et
les échanges avec l'environnement.
4Le Moi-peau
constitue l'élément essentiel de différenciation. Opérateur important du développement
de l'enfant et du fonctionnement psychique de l'adulte.
Références
bibliographiques
Anzieu D., Le Moi-peau, Dunod
Bideaud, J, Houdé,
O, Pédinnielli, J-L., L’homme
en développement, Puf
Boubli M., Psychopathologie
de l'enfant, Dunod
Pedinnielli J-L.& Gimenez G., Les
psychoses de l'adulte, Nathan Université