Evaluation d'un programme de prévention, de promotion de la santé
Pour qui évaluer?
Lorsque
l'on est acteur de prévention, d'éducation à la santé ou de promotion de la
santé, on se pose inévitablement la question:
« Je
me demande si mon programme sert vraiment à quelque chose... »
La
réponse apportée par tous les manuels du bon acteur de prévention est« il faut
évaluer». En pratique, bien peu de programmes sont évalués, et il règne autour
de ce terme une sorte de malaise: tout le monde en parle sans savoir exactement
ce que cela signifie, ni comment on fait.
Les
financeurs n'en savent généralement pas beaucoup plus que les acteurs de
terrains, et se demandent fatalement régulièrement: « Ai-je raison de financer
ce programme? ».
Du côté des financeurs - Motivations économiques
En période de restriction budgétaire, il faut se
débrouiller pour financer les programmes les plus « rentables ». Démarche qui
éveille naturellement la plus grande hostilité parmi les acteurs de santé qui
pensent qu'on ne peut traiter le secteur prévention/santé publique comme le
secteur de l'entreprise privée.
D'un
autre côté, on peut comprendre qu'on ne peut laisser la santé et le social
fonctionner sans se soucier des résultats, ou au moins de la bonne utilisation
des moyens dont ils disposent.
Deux
attitudes sont alors possibles:
Résister
et camper sur des positions idéologiques du type: «la santé n'a pas de prix», «
travailler avec l'humain n'est pas évaluable »
Adopter
une démarche pragmatique, en s'emparant de la question de l'évaluation comme
d'un outil de travail et en participant à la définition des critères
d'évaluation, plutôt que de se les voir imposer.
Dans
l'évaluation, il faut tenir compte du fait que chacun des acteurs concernés -
même en accord sur la nécessité de l'évaluation - n'a pas forcément les mêmes
attentes.
|
|
Les
acteurs |
|
|
|
Les
Questions |
|
|
|
Les
préoccupations |
|
||||
|
Décideurs |
en |
santé |
Le programme est-il efficace? |
|
Constater
une amélioration de l'état |
|||||||||
|
publique,
financeurs |
|
|
|
|
|
|
|
|
de
santé d'une population. Bonne |
|||||
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
utilisation
des crédits. |
|
||
|
Gestionnaires |
de |
A |
quoi |
sert |
ce |
que |
l'on |
fait? |
Etre |
réellement |
utiles, |
mieux |
||
|
programmes,
intervenants |
Comment
adapter nos interventions |
s'organiser
pour être plus efficaces |
||||||||||||
|
|
|
|
|
aux
attentes du public ?Comment |
(pertinents), |
faire |
savoir, |
|||||||
|
|
|
|
|
améliorer |
|
|
|
|
notre |
convaincre. |
|
|
||
|
|
|
|
|
programme
?Comment |
|
rendre |
|
|
|
|
||||
|
|
|
|
|
compte
de nos actions? |
|
|
|
|
|
|
||||
|
Population
concernée |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|||
|
- |
Au niveau individuel |
Qu'est ce que ça m'apporte? |
Trouver
une solution à ses |
|||||||||||
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
problèmes |
|
|
|
|
- |
Au
niveau collectif |
Qu'est ce que ça nous a |
|
Voir la situation de la population |
||||||||||
|
|
|
|
|
apporté? |
|
|
|
|
|
présente
s'améliorer |
|
|||
Répondre à toutes ces préoccupations est certainement
impossible, mais on peut essayer de tenir compte des différents points de vue,
en associant par exemple des représentants des décideurs et de la population à
la définition de l'évaluation.
l'évaluation: à quoi ça sert ?
C'est
sortir d'une approche trop subjective ou approximative, fondée sur des
perceptions et des expériences individuelles: c'est mettre en place, et assurer
régulièrement un recueil de données répondant à des règles précises.
Les
connaissances produites concernent généralement deux aspects de l'évaluation
Evaluation
des résultats
Les résultats sont comparés aux objectifs attendus ou
aux résultats obtenus à deux temps différents (avant/après, groupes ayant
bénéficié de l'action et groupes n'en ayant pas bénéficié etc.) avec le même
public ou lors d'une action comparable avec un autre public ou en comparaison
avec un groupe qui n'a pas bénéficié de l'action. Il s'agit d'une mesure
d'écart ou d'une mesure de changement. Cet écart peut être d'ordre quantitatif
ou qualitatif.
Evaluation
du processus
Les
étapes se sont-elles déroulées comme prévu? Peut-on relier les résultats
obtenus, qu'ils soient satisfaisants ou pas, à des éléments particuliers du
programme? Que dire de la stratégie utilisée?
Pour
prendre des décisions
But
ultime de l'évaluation. Connaître les résultats d'un programme n'a de sens que
si l'on en tire des recommandations et si des décisions sont prises quant à
l'avenir de ce programme.
Comment utiliser l'évaluation?
Rappel:
On
peut globalement différencier deux types d'évaluation
-+ L'évaluation
des résultats: qui cherche à établir dans quelle mesure les objectifs du programme sont
atteints, et si le programme a entraîné des effets non attendus par exemple
-+ L'évaluation
du processus, c'est-à-dire la stratégie, des activités du calendrier, de
l'utilisation des moyens humains, techniques et matériels. Elle s'intéresse
également aux liens qui existent entre différents éléments du programme et les
résultats produits.
Il est impossible de recueillir tout ce qu'il se
passe au cours d'un programme où d'une action. Il est nécessaire de choisir des
éléments que l'on va recueillir. Cela repose sur une OBLIGATION ABSOLUE: avoir
des objectifs clairs, concis, précis. Cela permet de:
Définir
des critères qui permettront de décrire l'atteinte des objectifs
Chacun
des critères sera traduit en indicateurs qui pourront s'exprimer en terme de
présence ou
d'absence,
sous la forme d'un nombre ou d'un taux.
On
peut appeler objectifs spécifiques ou intermédiaires ce qu'on appelle critères.
L'essentiel est de bien décomposer l'objectif principal, en étapes ou états
intermédiaires.
Si l'on prend l'exemple de la prévention sida. Un des
objectifs est formulé de la façon suivante: Développer des attitudes favorisant
un comportement adapté aux risques de contamination par le VIH.
|
|
|
|
|
Critères |
|
|
|
|
Indicateurs |
|
|
|
||
|
Avoir |
un |
bon |
niveau |
de |
connaissance |
sur |
% |
d'élèves |
connaissances |
les |
modes |
de |
||
|
l'infection
à VIH |
|
|
|
|
transmission |
|
|
|
|
|
||||
|
- |
Sur les
risques de transmission |
|
%
d'élèves connaissant les moyens de protection |
|||||||||||
|
- |
Moyens
de protection |
|
|
|
%
d'élèves sachant où et comment se faire |
|||||||||
|
- |
Sur
l'accès au dépistage |
|
|
dépister |
|
|
|
|
|
|||||
|
|
|
|
|
|
|
|
|
%
d'élèves régulièrement informés |
|
|
||||
|
Savoir
évaluer sa situation personnelle face au |
%
d'élèves sûrs de leur statut sérologique. |
|
||||||||||||
|
risque |
|
|
|
|
|
|
%
d'élèves capables d'identifier les situations qui |
|||||||
|
- |
Sérologie |
|
|
|
|
peuvent
rendre plus vulnérable face au risque. |
|
|||||||
|
- |
Vu 1
nérabil ités/contextes/facteu rs |
|
%
d'élèves pouvant citer les différents types de |
|||||||||||
|
|
|
|
|
|
|
|
|
facteurs
de vulnérabilité |
|
|
|
|||
|
Avoir
un comportement adapté au risque |
|
%
d'élèves déclarant avoir des rapports protégés |
||||||||||||
|
- |
Recours
aux moyens de protection |
|
% |
d'élèves |
déclarant |
savoir |
utiliser |
les |
||||||
|
- |
Compétences |
psychosociales |
préservatifs |
|
|
|
|
|
||||||
|
|
(expression/communication
etc.) |
|
%
d'élèves se déclarant capables de parler de |
|||||||||||
|
|
|
|
|
|
|
|
|
rapports
protégés avec leur partenaire |
|
|||||
|
|
|
|
|
|
|
|
|
nombre
de préservatifs diffusés au cours du |
||||||
|
|
|
|
|
|
|
|
|
programme |
|
|
|
|
|
|
Tous les indicateurs ne sont pas forcément
accessibles ou d'un égal intérêt. Il faut trier, et retenir ceux qui ne posent
pas trop de problèmes à documenter. Rappelons nous que la plupart des
comportements que nous souhaitons voir acquérir ou modifier sont rarement
directement observables.
Une
fois les indicateurs choisis, ils serviront à la construction d'un recueil de
données sous la forme d'un questionnaire. Certains sont des indicateurs directs
par rapport à l'objectif.
D'autres
indicateurs sont indirects: comme le nombre de préservatifs distribués... rien
ne dit qu'ils seront utilisés, mais ils donnent quand même des indications non
négligeables.
Quels
outils pour en savoir plus sur les destinataires du programme?
Enquêtes
quantitatives
S'adressent
en général à un grand nombre de personnes et visent à découvrir dans une
population donnée la fréquence des comportements, attitudes, savoirs,
représentations ou croyances que l'on a préalablement définis.
Enquêtes
qualitatives
Démarche
plus exploratoire. Elles sont souvent utilisées pour découvrir les raisons d'un
choix, ou d'un comportement dans une population donnée, pour étudier les
représentations, les parcours de vie.
Ne
nécessitent pas énormément de monde.
Focus
Groupes
Il s'agit de réunir de petits groupes de personnes
représentatifs de la population visée, et les faire s'exprimer sur le sujet
choisi L'objectif est de recueillir un maximum d'informations sur les
sentiments et les opinions des participants, en encourageant l'expression
individuelle. Cette technique peut s'utiliser aussi bien pour analyser les
effets d'un programme que pour faire un état des lieux préalable à la
définition d'un projet.
Groupes
de parole
Un
groupe de parole sur la santé, s'organise autour de deux hypothèses liées l'une
à l'autre: formulation de questions relatives à la santé permet une expression
des perceptions, représentations et affects. Leur approfondissement rend
possible un travail d'élaboration psychique.
Cet
approfondissement est rendu possible par le cadre du groupe de parole. , qui
autorise l'échangeavec les autres et la réflexion personnelle.
Même
règles que pour les focus groupes, mais le groupe de parole s'utilise comme un
mode d'intervention à part entière, avec plusieurs séances de travail pour les
mêmes participants.
Le
questionnaire
Construction
délicate (choix des thèmes et des questions, formulation des questions, type de
questions....
Les
interviews
Idem
que pour le questionnaire, mais préférable si la population est plus mouvante,
et que l'organisation du retour des questionnaires est problématique. Le public
visé n'est pas à l'aise avec l'écrit, l'enquête est plus qualitative et
comprend de nombreuses questions ouvertes, l'enquêteur peut alors obtenir des
précisions pour éviter les réponses trop vagues.
Les
échelles de perception
Méthode
qui propose à la personne d'évaluer elle-même sa situation et de se situer sur
une échelle prédéfinie. On n'essaye plus ici de vérifier avec l'œil du
spécialiste des connaissances, des attitudes ou des comportements, on laisse la
personne seul juge. Au lieu de lui demander par exemple si elle connaît les
modes de transmission du VIH, on lui demandera si elle se sent suffisamment
informée des risques de transmission ou si elle se considère en danger.